(eBook PDF) Healthcare Strategic Planning, Third
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, l88 LE FILS DU NOTAIRE transmit son enthousiasme^' »,
ajoute encore Ferron. C'est par son intermédiaire que Técrivain
découvrit des œuvres qui allaient être fondamentales pour la
formation de son esprit. Bernier compte aussi pour beaucoup dans le
rejet viscéral du nationalisme groulxien par Ferron. À cause de son
origine franco-manitobaine, il était porté à se méfier du nationalisme
québécois naissant et affichait un dédain à peine voilé à Tendroit des
thèses de l'abbé Groulx: « [...] il disait avec une désinvolture pire
qu'un assassinat: "Cet abbé Groulx est assurément un brave
homme."^^» Ce discours trouvait une audience particulièrement
favorable dans le groupe de collégiens où évoluait Ferron, qui
faisaient justement mine, on l'a vu, de se détourner de Groulx : « Le
pauvre chanoine, le beau repoussoir qu'il nous offrait !^^ » dira plus
tard Ferron, devenu entre-temps indépendantiste sans jamais avoir
adhéré aux idées groulxiennes. Mais voici que, derrière le père
Bernier, se profile déjà un autre personnage qui exercera aussi une
certaine influence sur le fiitur écrivain. Plus vieux que Ferron
d'environ cinq ans (il était né en 1916), Pierre Baillargeon, qui étudia
à Brébeuf jusqu'en 1938, était, à l'époque où le collégien le vit pour
la première fois, un personnage assez connu dans les milieux
littéraires. Il avait publié dans La Nouvelle Relève; il avait séjourné à
Paris, où il avait pu assister aux cours de Paul Valéry au Collège de
France ; il avait publié un livre (Hasard et moi) et se préparait à
fonder une revue littéraire [Amérique française). Voilà qui avait
certes de quoi impressionner un apprenti-écrivain ! Aux yeux du
jeune Ferron cependant, le plus haut fait d'armes de Baillargeon
avait été de réussir à développer une amitié avec le père Bernier, au
point même d'exercer une influence sur les 51. JF à Jean Marcel,
lettre, 6 février 1966. 52. JF à Jean Marcel, lettre, 13 juin 1967. 53.
Ibidem.
, MONHERBIER 189 idées esthétiques du religieux. «
[Baillargeon] s'était imposé à mon professeur de lettres^ », dit
Ferron avec ce qui semble bien être une pointe de jalousie.
L'admiration passionnée des jeunes disciples pour leurs maîtres
confine parfois à l'exclusivité; Jacques Lavigne se souvient qu'un
jour, alors que Ferron déambulait avec lui dans les couloirs du
collège, il vit s'approcher Baillargeon, en grande conversation avec le
père Bernier. « Regarde, lui aurait alors dit Ferron ; quand nous
parlons avec Bernier, c'est nous qui écoutons ; quand Bernier parle
avec Baillargeon, c'est Bernier qui écoute^^ ». On a souvent glosé
sur l'apparent détachement de Jacques Ferron face à sa propre
œuvre. Selon certains de ses commentateurs, l'auteur avait en effet
l'habitude de rédiger ses livres sans se préoccuper de leur mise en
marché, se refusant à toute démarche mondaine et aux
«salamalecs» qui auraient entaché sa liberté. Il est vrai que Ferron,
à ses débuts, se faisait une idée très pure du métier d'écrivain; mais
cela ne l'a pas empêché de voir en Pierre Baillargeon une sorte de
médiateur littéraire et, plus tard, de chercher à bénéficier de son
influence pour « émerger » à son tour dans les milieux montréalais.
Au lieu de prendre ombrage de l'influence de Baillargeon sur Bernier,
il décida donc, en dernière analyse, d'en tirer leçon et d'agir en
conséquence : «Je me suis rendu compte que Bernier avait son
importance, mais que, derrière Bernier, il y avait Pierre Baillargeon.
[...] Je suis entré en contact avec Baillargeon et je lui ai soumis mes
premiers textes^.» Quelques années plus tard, au moment de l'exil
gaspésien, cette relation s'intensifiera considérablement, alors que
Baillargeon sera devenu, 54. JF à Jean Marcel, lettre, 6 février 1966.
Le souligné est de nous. 55. Jacques Lavigne à l'auteur, entrevue, 7
septembre 1992. 56. JF et Pierre L'Hérault, «9 entretiens avec le D'
Jacques Ferron», op. cit., p. 26.
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ajoute encore Ferron. C'est par son intermédiaire que Técrivain
découvrit des œuvres qui allaient être fondamentales pour la
formation de son esprit. Bernier compte aussi pour beaucoup dans le
rejet viscéral du nationalisme groulxien par Ferron. À cause de son
origine franco-manitobaine, il était porté à se méfier du nationalisme
québécois naissant et affichait un dédain à peine voilé à Tendroit des
thèses de l'abbé Groulx: « [...] il disait avec une désinvolture pire
qu'un assassinat: "Cet abbé Groulx est assurément un brave
homme."^^» Ce discours trouvait une audience particulièrement
favorable dans le groupe de collégiens où évoluait Ferron, qui
faisaient justement mine, on l'a vu, de se détourner de Groulx : « Le
pauvre chanoine, le beau repoussoir qu'il nous offrait !^^ » dira plus
tard Ferron, devenu entre-temps indépendantiste sans jamais avoir
adhéré aux idées groulxiennes. Mais voici que, derrière le père
Bernier, se profile déjà un autre personnage qui exercera aussi une
certaine influence sur le fiitur écrivain. Plus vieux que Ferron
d'environ cinq ans (il était né en 1916), Pierre Baillargeon, qui étudia
à Brébeuf jusqu'en 1938, était, à l'époque où le collégien le vit pour
la première fois, un personnage assez connu dans les milieux
littéraires. Il avait publié dans La Nouvelle Relève; il avait séjourné à
Paris, où il avait pu assister aux cours de Paul Valéry au Collège de
France ; il avait publié un livre (Hasard et moi) et se préparait à
fonder une revue littéraire [Amérique française). Voilà qui avait
certes de quoi impressionner un apprenti-écrivain ! Aux yeux du
jeune Ferron cependant, le plus haut fait d'armes de Baillargeon
avait été de réussir à développer une amitié avec le père Bernier, au
point même d'exercer une influence sur les 51. JF à Jean Marcel,
lettre, 6 février 1966. 52. JF à Jean Marcel, lettre, 13 juin 1967. 53.
Ibidem.
, MONHERBIER 189 idées esthétiques du religieux. «
[Baillargeon] s'était imposé à mon professeur de lettres^ », dit
Ferron avec ce qui semble bien être une pointe de jalousie.
L'admiration passionnée des jeunes disciples pour leurs maîtres
confine parfois à l'exclusivité; Jacques Lavigne se souvient qu'un
jour, alors que Ferron déambulait avec lui dans les couloirs du
collège, il vit s'approcher Baillargeon, en grande conversation avec le
père Bernier. « Regarde, lui aurait alors dit Ferron ; quand nous
parlons avec Bernier, c'est nous qui écoutons ; quand Bernier parle
avec Baillargeon, c'est Bernier qui écoute^^ ». On a souvent glosé
sur l'apparent détachement de Jacques Ferron face à sa propre
œuvre. Selon certains de ses commentateurs, l'auteur avait en effet
l'habitude de rédiger ses livres sans se préoccuper de leur mise en
marché, se refusant à toute démarche mondaine et aux
«salamalecs» qui auraient entaché sa liberté. Il est vrai que Ferron,
à ses débuts, se faisait une idée très pure du métier d'écrivain; mais
cela ne l'a pas empêché de voir en Pierre Baillargeon une sorte de
médiateur littéraire et, plus tard, de chercher à bénéficier de son
influence pour « émerger » à son tour dans les milieux montréalais.
Au lieu de prendre ombrage de l'influence de Baillargeon sur Bernier,
il décida donc, en dernière analyse, d'en tirer leçon et d'agir en
conséquence : «Je me suis rendu compte que Bernier avait son
importance, mais que, derrière Bernier, il y avait Pierre Baillargeon.
[...] Je suis entré en contact avec Baillargeon et je lui ai soumis mes
premiers textes^.» Quelques années plus tard, au moment de l'exil
gaspésien, cette relation s'intensifiera considérablement, alors que
Baillargeon sera devenu, 54. JF à Jean Marcel, lettre, 6 février 1966.
Le souligné est de nous. 55. Jacques Lavigne à l'auteur, entrevue, 7
septembre 1992. 56. JF et Pierre L'Hérault, «9 entretiens avec le D'
Jacques Ferron», op. cit., p. 26.